C'est un village de montagne, en août, et il s'agit d'enterrer un homme.
Il a plu toute la nuit et tout le petit matin, des trombes d'eau. La tombe, creusée la veille, s'est écroulée, le trou est déjà refermé, mais le cortège, qui ne le sait pas encore, se met en route : parapluies en procession, pluie au dessus, pluie en dessous.
Au cimetière, c'est la débâcle. La pelleteuse est inutilisable – ce serait incongru – les hommes creusent et recreusent, mais la boue est lourde, elle glisse, rien ne tient. On attend. Il pleut toujours, il fait froid ; on aimerait s'impatienter, mais on ne peut pas.
Il pleut. On commence à se demander si oui ou non, on va réussir à l'enterrer. On s'agite sur place, discrètement.
Soudain, quelqu'un s'avise qu'il n'est pas décent de laisser le cercueil là, sous la pluie, à peine protégé. On envoie chercher le maire pour ouvrir le caveau de la commune, mais voilà, c'est impossible, et il faut le forcer avec un pied-de-biche.
Ceux qui creusent, ceux qui forcent, ceux qui regardent, le mort, auquel plus personne ne pense désormais : il pleut, et on n'arrive à rien.
Quand on arrive enfin à stabiliser la tombe, on y place le cercueil. Le mort a toujours été convaincu que Dieu n'existe pas : on ne dit rien, on n'est pas préparés, pourtant on était prévenus. Le temps de ne savoir quoi faire et on repart. C'est fini.
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